La Bande à Baader

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Le cycle de Gerhard Richter intitulé 18 Octobre 1977 comprend 15 peintures conçues entre Mars et Novembre 1988. Les tableaux sont le résultat de sa fascination pour l’organisation terroriste allemande Faction Armée rouge (mieux connue sous le nom de Bande à Baader, qui était en activité en Allemagne dans les années 70. Le groupe tenta d’attirer l’attention sur leurs griefs contre la société capitaliste à coup de vols à main armée et d’attaques à la bombe. Les membres fondateurs de la première génération furent arrêtés en 1972. Leurs actes terroristes, leurs jeux de cache-cache sans pareil avec les forces de police et leurs suicides coordonnés ont provoqué des débats animés au sein de l’Allemagne pendant longtemps.  

 

Le titre de la série 18 Octobre  1977 fait référence à la date à laquelle Gudrun Ensslin, Andreas Baader et Jan-Carl Raspe ont été retrouvés morts dans leur cellule de la prison de Stuttgart-Stammheim. Plus de dix après, Gerhard Richter choisit d’aborder le thème dans son travail, expliquant ses raisons comme suit: « La mort des terroristes ainsi que tous les événements qui l’avaient précédée et lui avaient succédé sont le signe d’une abomination dont je ne parvenais pas à me défaire, même si je m’efforçais de la refouler ». (Notes pour une conférence de presse, Novembre – Décembre 1988 dans: Gerhard Richter: Text. Writings, Interviews and Letters 1961–2007, Thames & Hudson, London, 2009, p. 202 cité dans Elger, Édition Hazan, 2010, p.247.) Le dévoilement des peintures en 1989 provoqua la controverse, ce qui démontra que la page n’était pas non plus tournée aux yeux de l’opinion publique allemande.

L’exposition intitulée 18 Octobre 1977 , présentant pour la première fois les tableaux au public, s’est tenue au Museum Haus Esters de Krefeld en Allemagne. Après cela, le cycle fut présenté dans différentes expositions dans le monde entier pendant deux ans. Après avoir été prêtés pendant près de dix ans au Museum für Moderne Kunst à Frankfort-sur-le-Main, les tableaux furent vendus au Museum of Modern Art de New York de 1995 où ils sont présentés depuis 2000.

Les œuvres furent créées à des formats différents mais la systématique conversion en niveaux de gris souligne leurs conceptions en série. La palette grise fait référence aussi aux Journaux de l’époque, qui étaient principalement imprimés en noir et blanc. Tous les tableaux sauf  Portrait de Jeunesse [CR: 672-1] sont basés sur des photographies documentaires, dont notamment des photos de presse et des photographies policières. La recherche de photographies entreprise par Richter, formée d’archives journalistiques, se reflète dans son compendium intitulé Atlas [Planches: 470–479] et dans un album séparé d’études. En plus des sources photographiques, il collectionna plus de 100 images liées aux activités de la RAF (Bande à Baader) dans ces deux albums.


En utilisant un matériel photographique et la modification en peinture qu’il fait de ces sources, Richter  a revisité une méthode qui avait dominé ses premières œuvres.  Après avoir choisi un morceau  de  la photo, il représente le sujet fidèlement mais en faisant aussi preuve de sagesse. Par la suite, il floute l’imagerie utilisant une variété de techniques; en cela, il crée des tableaux qui sont des réminiscences de photographies floues en noir-et-blanc.  

En raison de la présence importante et continue de la Bande à Baader dans les medias, il ne va pas sans dire que le public qui a vu les œuvres à l’époque où elles ont été conçues ait compris le lien entre les tableaux de Richter et les activités de la RAF – malgré l’effet flou appliqué à l’imagerie et les titres neutres. Comme dans cette série de travaux, l’artiste fait souvent référence aux images qui font partie de la mémoire collective, assurant un renouveau du souvenir d’évènements passés et introduisant de nouvelles mises en perspective.


Notes préparées par l’équipe éditoriale

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